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Copilot M365 et empreinte carbone : ce que les collectivités doivent savoir

Copilot M365 tourne sur GPT-4o — 0,34 Wh par requête, jusqu'à ×5 avec RAG SharePoint/Teams. La plupart des plans numériques des collectivités n'ont pas encore de ligne pour ces usages.

Microsoft Copilot M365 est désormais présent dans la quasi-totalité des collectivités sous contrat Enterprise Agreement. Le service tourne — souvent sans que la DSI ou le responsable PCAET ne sache combien de requêtes partent réellement, ni d'où elles reviennent. Cette page rassemble les chiffres disponibles et explique comment mesurer ce qui reste aujourd'hui un angle mort des plans climat territoriaux.

1. Copilot M365 : un déploiement massif, une mesure quasi inexistante

Dans la plupart des EPCI et communes de plus de 20 000 habitants, Microsoft 365 est le socle bureautique sous licence EA. Depuis 2023, Microsoft a intégré Copilot à ces suites — d'abord en module optionnel, puis de plus en plus inclus dans les niveaux de licence courants. Résultat : des milliers d'agents ont accès à Copilot dans Teams, Word, Outlook et SharePoint sans qu'aucun compteur d'usage ni de consommation énergétique ne soit activé par défaut.

Le phénomène de « shadow Copilot » est documenté : selon la Banque des Territoires (2025), 60 % des agents de collectivités utilisent des outils d'IA générative sans en informer leur DSI. La majorité de ces usages passent par les interfaces Microsoft — Copilot web (`copilot.microsoft.com`), Copilot dans Teams ou dans l'assistant Office. Aucun de ces usages n'apparaît dans les bilans numériques actuels, et encore moins dans les PCAET.

2. Ce que Copilot consomme : les chiffres disponibles

Microsoft ne publie pas de données de consommation énergétique ou carbone par requête Copilot. En revanche, Copilot M365 s'appuie sur GPT-4o comme modèle de base — ce qui permet d'utiliser les données OpenAI comme proxy.

En juin 2025, le PDG d'OpenAI Sam Altman a indiqué qu'une requête standard sur ChatGPT (GPT-4o) consomme environ 0,34 Wh par échange. C'est le plancher à retenir pour une question simple à Copilot — une estimation conservatrice pour un usage bureautique courant.

La réalité Copilot est probablement plus élevée. Contrairement à une question posée sur ChatGPT.com, une requête Copilot déclenche souvent une phase de Retrieval-Augmented Generation (RAG) : Copilot charge des documents depuis SharePoint, des fils de discussion Teams, des e-mails Outlook, avant de construire sa réponse. Cette étape gonfle la fenêtre de contexte envoyée au modèle — et donc les tokens traités. Selon la taille des documents récupérés, une session Copilot peut consommer 2 à 5 fois plus qu'une question ChatGPT équivalente.

Ordre de grandeur pour 100 agents utilisant Copilot

  • 10 échanges Copilot / agent / jour × 100 agents = 1 000 échanges/jour
  • À 0,34 Wh/échange (plancher GPT-4o) : 0,34 kWh/jour
  • Avec facteur RAG ×3 : ~1 kWh/jour, soit ~365 kWh/an pour ce service
  • À 60 g CO₂e/kWh (mix Azure France-Nord) : ~22 kg CO₂e/an pour ce service
  • À 250 g CO₂e/kWh (mix UE moyen — si hébergé hors France) : ~91 kg CO₂e/an

Ces valeurs sont des ordres de grandeur pour cadrer les enjeux. La consommation réelle dépend du volume d'usage, des modèles appelés et du lieu d'hébergement effectif. Un compteur comme carbon-llm produit des données d'activité mesurées, non estimées.

3. L'hébergement : Azure Europe, pas nécessairement France

Microsoft exploite plusieurs régions Azure en Europe : France Centre (Paris), France Sud (Marseille), Europe Ouest (Amsterdam), Europe Nord (Dublin), et d'autres. La région effectivement utilisée pour les requêtes Copilot d'un tenant français dépend de la configuration du tenant et des engagements de résidence des données.

L'intensité carbone varie significativement selon la région : la France bénéficie d'un mix nucléaire très bas carbone (~30–60 g CO₂e/kWh), tandis que d'autres régions européennes peuvent atteindre 200–400 g CO₂e/kWh selon le moment et la source d'énergie. Sans savoir précisément d'où répond Copilot, l'intensité carbone réelle reste inconnue — un facteur d'incertitude majeur pour tout bilan PCAET sérieux.

C'est précisément le type de question que le comité climat posera lors de la révision du PCAET : « Nos données numériques sont-elles hébergées dans des pays plus carbonés que la France ? » Pour Copilot, la réponse honnête est aujourd'hui : on ne sait pas sans le mesurer.

4. Pourquoi l'inférence dépasse maintenant le training

Une idée reçue persiste : l'impact carbone de l'IA se concentrerait sur l'entraînement des modèles. Ce n'est plus exact à l'échelle actuelle. Selon une étude publiée sur arXiv en juillet 2025 (Özcan et al.), l'inférence représente désormais plus de 50 % des émissions totales sur le cycle de vie d'un LLM. Avec 300 millions d'utilisateurs hebdomadaires sur ChatGPT seul fin 2024 (800 millions en avril 2025), les requêtes quotidiennes dépassent la phase d'entraînement en volume d'émissions.

Pour une collectivité, cela signifie que chaque renouvellement de licence Copilot — et surtout chaque déploiement massif auprès des agents — crée une empreinte d'inférence récurrente et croissante, qui n'existait pas dans les PCAET rédigés avant 2023.

5. Comment mesurer : deux approches selon le contexte

Copilot web (`copilot.microsoft.com`) — l'extension navigateur

L'interface web de Copilot (`copilot.microsoft.com`) est une page web standard, accessible depuis Chrome ou Firefox. L'extension carbon-llm s'y injecte et détecte les échanges en temps réel — même approche que pour ChatGPT ou Claude.ai. L'agent voit son CO₂e indicatif par réponse directement dans l'interface. Si la DSI génère un lien de déploiement depuis le dashboard, tous les agents du service sont configurés en un clic, sans manipulation de clé API.

Copilot intégré dans Teams, Word, Outlook — l'API côté serveur

Les apps Office desktop (Word, Excel, Teams, Outlook) ne tournent pas dans le navigateur — une extension ne peut pas les intercepter. Pour ces usages, la mesure passe par l'intégration serveur : si la collectivité développe ou configure un assistant via l'API OpenAI d'Azure (Azure OpenAI Service), un appel POST /api/v1/track après chaque réponse LLM enregistre le modèle et le volume de tokens, rattachés au service concerné. Le dashboard agrège ensuite le CO₂e par direction.

Ce qui ne transite jamais sur la plateforme : le contenu des messages Teams, des documents Word ou des e-mails. Seules les métadonnées techniques (modèle, tokens, identifiant de service) sont enregistrées.

6. Ce que cela change pour le PCAET

La loi REEN (art. 35, 2021) impose aux collectivités de plus de 50 000 habitants une stratégie numérique responsable intégrée au PCAET depuis 2025. L'IA générative n'y figure pas encore dans la majorité des plans en cours — mais les prochaines révisions ne pourront pas l'ignorer.

Une fois le comptage Copilot en place, les données produites permettent de renseigner :

  • Une ligne CO₂e « IA générative » dans le bilan numérique du PCAET, distincte des autres postes numériques (messagerie, stockage, visioconférence)
  • Un suivi par direction — urbanisme, social, RH, éducation — pour identifier les services les plus consommateurs et orienter les actions de sobriété
  • Des exports mensuels PDF avec méthodologie documentée, utilisables en commission climat ou en réponse aux questionnaires de commande publique

Copilot est déjà dans votre collectivité — voulez-vous savoir ce qu'il consomme ?

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Sources & further reading

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